Après un an de rencontres sur les routes néo-zélandaises, je décide de partir seul en Jordanie afin de prendre du temps pour moi et de retrouver cette tranquillité dont j'avais besoin. Me voilà donc parti pour trois semaines en Jordanie, qui ne seront finalement pas si tranquilles...
Première étape : Amman. La capitale jordanienne, immense, vibrante, une ville qui semble vivre la nuit et se reposer le jour. Dès les premières heures, la chaleur écrasante impose son rythme et, presque sans m’en rendre compte, je m’adapte au mode de vie local. À peine arrivé, je pars explorer cette ville bruyante, chaotique par endroits, mais étrangement accueillante.
Je découvre d’abord la grande place du théâtre antique, impressionnant vestige romain datant du IIe siècle après J.-C., encore parfaitement intégré dans la vie moderne. Puis je grimpe jusqu’à la Citadelle d’Amman, perchée sur la colline de Jabal al-Qal’a. De là-haut, la vue panoramique sur la ville est spectaculaire : une mer de bâtiments couleur sable qui s’étend à perte de vue. C’est aussi l’endroit idéal pour admirer le coucher du soleil, quand la lumière dorée enveloppe la ville d’un calme inattendu.
Je redescends ensuite dans les ruelles du centre-ville, me laissant guider par les odeurs d’épices et de grillades. Je finis par m’installer dans un petit restaurant local, où je déguste mon repas au milieu des habitués. J’étais visiblement le seul touriste : quelques regards curieux se posaient sur moi, curieux de ma présence ici. Cette sensation d’être légèrement hors de place fait partie de ce que je préfère en voyage : me perdre au cœur des villes, là où la vie quotidienne suit son cours sans mise en scène.
Après quelques jours consacrés à l’intendance et à la découverte d’Amman, je prends la direction de Pétra, le site qui m’a poussé à venir en Jordanie. J’opte pour un bus local, étonnamment confortable, et après plusieurs heures de route à travers des paysages arides, j’arrive enfin près de cette merveille classée parmi les sept nouvelles merveilles du monde.

À peine installé à l’auberge, je rencontre un Français. Très vite, on se met d’accord : réveil à 5 heures du matin pour être parmi les premiers sur le site. Le lendemain, mission accomplie. Nous faisons partie des tout premiers à franchir les grilles. Après une marche silencieuse dans le Siq, ce canyon étroit et spectaculaire, le Trésor apparaît soudain devant nous. Nous ne sommes que cinq ou six à le contempler. Le moment est irréel, presque intime. C’est dans ces instants-là que je me rappelle à quel point se lever tôt en voyage peut transformer une visite en expérience inoubliable.
Le Trésor est le monument le plus célèbre de Pétra, mais le site est bien plus vaste qu’on ne l’imagine. Je poursuis la découverte : temples, tombeaux, escaliers taillés dans la roche, jusqu’au Monastère, monumental et majestueux. On circule librement dans ce décor minéral. Après un léger accrochage avec des figurants un peu insistants qui voulaient nous imposer une photo payante, nous finissons par rentrer à l’auberge pour profiter de la piscine sous la chaleur écrasante de l’après-midi.
Le lendemain, nouveau réveil avant l’aube. Sur le site encore endormi, j’aide une vieille dame à installer son stand de thé. Elle me remercie en me servant tasse après tasse : difficile d’imaginer meilleur début de journée. Je pars ensuite vers les zones les plus reculées de Pétra. Vers 10 heures, je me retrouve totalement seul face à une immense chaîne de montagnes. Pas un bruit, pas une présence humaine à l’horizon. Juste le vent et la roche. Un moment suspendu.
Le jour suivant, direction le désert du Wadi Rum. Je tente l’auto-stop pour la première fois, juste derrière des policiers, le stop étant théoriquement interdit. Un Anglais, accompagné de son chauffeur privé, s’arrête et me prend à bord. Il me raconte ses aventures de jeunesse à travers le monde. Quelques heures plus tard, me voilà plongé dans l’immensité du désert. À l’arrière de pick-ups, nous traversons des paysages presque irréels pour rejoindre les camps où je passerai les deux jours suivants, après avoir aidé un touriste un peu trop téméraire avec son véhicule de location.
À notre arrivée, le thé d’accueil scelle immédiatement l’hospitalité des lieux. Le lendemain, la visite du désert commence : arches rocheuses, dunes rouges, étendues infinies. Le Wadi Rum reste un lieu de vie pour ses habitants, et cette présence humaine rend le paysage encore plus vivant. Le soir, au camp, les veillées s’organisent autour du feu. Je discute longuement avec un guide de mon âge. Avant de dormir, il m’installe un lit à l’extérieur, en plein désert. Je passe ma dernière nuit sous un ciel étoilé d’une pureté incroyable, probablement l’un des plus beaux que j’aie jamais vus.

Des Français en voyage de noces, rencontrés au camp, me proposent ensuite de me déposer à Aqaba. Sans plan précis, j’accepte. Sur la route, nous nous arrêtons dans un canyon pour nous rafraîchir, puis longeons la frontière israélienne et ses checkpoints avant d’atteindre la ville balnéaire. Aqaba, elle aussi, s’anime surtout le soir. Je trouve un bar improvisé sur un terrain vague, transformé en terrasse, où je regarde un match de football entouré de locaux. L’ambiance est simple, chaleureuse, spontanée.
Je poursuis ensuite vers Madaba, célèbre pour ses mosaïques. À mon arrivée à « l’hôtel », je crois m’être trompé d’adresse : un bar-restaurant à moitié désert. Le propriétaire m’accueille tranquillement, me montre ma chambre et me conseille de bien fermer la porte à clé, car son chien aime venir y dormir. C’est là que je découvre une autre facette de la Jordanie : Madaba est une ville chrétienne, avec un couvent encore actif. Cette diversité culturelle me surprend et m’intrigue.
Je termine mon voyage en retournant à Amman, la boucle est bouclée. En quelques jours, j’ai l’impression d’avoir traversé plusieurs mondes : villes vibrantes, cités antiques, désert infini, rencontres improbables. La Jordanie m’a offert bien plus que des paysages : une succession de moments simples, humains, inattendus, exactement ce que je viens chercher quand je pars voyager.
